AUF : Nouvelle directrice - nouvelle philosophie

Samedi, 06 octobre 2018 à 17:52:14
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Mme. Ouidad Tebbaa. Photo : AUF

Nhân Dân en ligne - L’Agence universitaire de la Francophonie (AUF) a accueilli sa nouvelle directrice, Ouidad Tebbaa, qui est entrée en fonction au mois de septembre. Ouidad Tebbaa a dirigé pendant plusieurs années la Faculté des Lettres et des Sciences Humaines de l’Université Cadi Ayyad de Marrakech, un établissement universitaire de grande envergure au Maroc. Elle a également participé à plusieurs conseils et comités d’expert à l’internationale, auxquels elle a apporté beaucoup de contributions. Désormais à la tête du bureau d’Asie-Pacifique de l’AUF, elle entend développer cette institution universitaire tout en lui imprimant sa marque.

Ma première activité, c’est d’abord être à l’écoute des partenaires. Je crois qu’avant d’agir, il faut comprendre, s’imprégner de ce qui se passe. C’est vrai que dans la philosophie de l’AUF, dans sa stratégie, dans sa façon de faire, les besoins et les priorités des partenaires sont, pour nous, la priorité absolue.

Il y a des choses à engager. D’abord, l’AUF, c’est une stratégie globale à l’échelle du monde. On est présent sur tous les continents. On a des centaines d’institutions universitaires membres. Ce qui est important à souligner, c’est qu’il y a une stratégie qui est définie par notre recteur qui se décline en plusieurs axes. Parmi les axes fondamentaux, il y a la question de la professionnalisation qui est très importante. La seconde dimension fondamentale pour l’AUF, c’est d’instaurer un dialogue ou de renforcer le dialogue entre les universités et le monde socio-économique, et là, beaucoup d’efforts sont faits par l’AUF. Un autre élément très important dans cette stratégie, c’est la démarche qualitative. Il y a des évaluations qui doivent être faites, des procédures qui doivent être mises en place, et cette démarche qualitative, elle consiste justement à faire un diagnostic, à détecter les dysfonctionnements, et à les corriger, à amorcer un fonctionnement qui soit le plus transparent et rationnel possible… C’est quelque chose d’absolument essentiel pour les institutions universitaires, au Vietnam comme dans toutes les régions que nous couvrons.

VOV: Que pensez-vous de la région Asie-Pacifique ?

C’est une région particulière dans le monde, qui a une vitalité économique exceptionnelle, connue aussi pour l’engagement, le sérieux, la rigueur que l’on y met à travailler, à amorcer des projets, à les développer... Mais c’est aussi une région qui n’est quasiment plus francophone. Il y a des composantes qui font que, au niveau de ce bureau régional, il faut qu’on réfléchisse à la manière dont nous pouvons collaborer, à ce que nous pouvons faire pour renforcer la francophonie dans cette région et l’accompagner aussi dans cette vitalité économique. C’est pour ça que je parle de professionnalisation des filières, mais des filières francophones en particulier. Ce qui frappe dans cette région et notamment au Vietnam, c’est de voir, à quel point, sur le plan économique, il y a une créativité, une innovation, celle-ci étant la pierre angulaire des projets de l’AUF.

VOV: Surtout au niveau de l’application des sciences et des technologies ?

C’est absolument un engagement de l’AUF. C’est un rapprochement essentiel qui confirme que nous sommes sur la bonne voie. La preuve : la Confrasie (la conférence des recteurs qui rassemble les recteurs et présidents de 80 universités dans cette région) portera sur le mois de mai prochain 2019 à HCM ville sur le monde socioéconomique et le monde universitaire. Je crois que l’AUF est sur la bonne voie.

La priorité est de réfléchir et de rationaliser les profils, les filières que nous souhaitons avoir dans cette région. Ce qui est intéressant de ce point de vue-là, c’est que l’AUF a créé le Conseil d’orientation stratégique chez nous, à la DRAP, et le Conseil régional d’orientation stratégique, qui rassemble des opérateurs économiques de renom avec cette volonté de rapprocher le milieu académique et le milieu socio-économique.

VOV: Quelles sont les différences entre l’Asie-Pacifique et votre région d’origine ?

Je viens d’une autre région du monde, de l’Afrique du Nord. Ce qui est frappant c’est de voir à quel point cette région de vitalité sert de levier pour d’autre région du monde. Pour l’AUF, c’est un terrain particulier. Je vois bien la différence avec le mien, parce que l’écoute du monde socio-économique n’est pas de la même au Maghreb et en Asie-Pacifique. Il faut être attentif à cela, même si le Maghreb est beaucoup plus francophone. En dépit des difficultés qu’on décrit, la francophonie est encore omniprésente au Maghreb. Il faut que le français devienne un atout dans la vie professionnelle. Le simple fait de parler français doit nous permettre de nous insérer davantage. Par exemple, je me rends en Chine le 18 septembre parce qu’il y a une cérémonie qui s’appelle Le Trophée des talents où il y a la chambre de commerce France-Chine qui organise en partenariat avec l’AUF. Cet événement permet de couronner de jeunes entrepreneurs francophones. C’est quelque chose d’absolument essentiel. Il faut qu’on crée, qu’on innove, qu’on entreprenne et qu’on manage en français. C’est le défi que nous avons à relever.

VOV: A chaque directeur/directrice de l’AUF une philosophie. Quelle est la vôtre ?

Sincèrement, ma philosophie vient d’une autre région du monde et je ne viens pas directement de France. C’est d’abord d’apprécier et d’essayer d’analyser les atouts. On a à peu près 1% de francophones du monde dans cette région, mais il y a aussi tant d’autres choses, d’autres défis que la francophonie a à relever ici sur un terrain singulier et fertile. Quand vous formez un jeune francophone, vous avez un potentiel sans commune mesure avec ce qui existe ailleurs dans le monde. Depuis que je suis ici, je sens une vitalité communicative qui donne envie d’aller de l’avant.

Ce qui est frappant c’est qu’on a l’impression que tout le monde travaille, qu’il y a une espèce de volonté d’aller de l’avant. Quel que soit le niveau social, la difficulté que l’on rencontre, on avance. Et les femmes travaillent. Elles sont là, en train de commander une entreprise ou de tenir des petits métiers, elles sont engagées à fond pour garantir à elles-mêmes ou à leurs enfants une qualité de vie. C’est magnifique.

Au niveau du travail des femmes, je rêve de monter des projets comparatifs pour montrer à quel point, dans cette région du monde, les femmes sont au cœur de la vie économique et sociale. On n’a pas besoin d’être dans une attitude féministe affichée, militante, mais on travaille, on avance. Ce sont des femmes engagées.

VOV: Vous avez aussi un fort engagement pour le patrimoine ?

Le patrimoine est une passion. Je viens d’une ville qui a été doublement classée par l’UNESCO, à la fois au niveau de son patrimoine bâti mais aussi au niveau immatériel. On a donc une grande richesse patrimoniale et c’est aussi quelque chose d’essentiel, surtout dans des pays touristiques. Le Vietnam en est un aussi. Il faut absolument réfléchir au côté de la durabilité, du tourisme durable, sur la question de la préservation non seulement du patrimoine bâti, mais aussi de ce qui fait le cœur d’une culture. C’est des savoir-faire, des traditions. C’est aussi un défi civilisationnel qu’on a à relever parce que c’est le cœur de notre identité. L’ouverture aux autres aussi, mais aussi dans la préservation fondamentale de ce que nous sommes.

L’AUF est toujours dans ce souci de la durabilité, dans la façon de préserver un écosystème institutionnel mais aussi patrimonial. Nous sommes à l’écoute de ces pays et de cette région et des besoins qui sont les leurs.

VOV/NDEL