A la découverte de la naissance du «neuvième art»

Lundi, 23 juillet 2018 à 18:38:05
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Photo: Duc Quy/VOV

Nhân Dân en ligne - Astérix, Le monde de Troy, Blueberry, Lucky Luke, Les Schtroumpfs, Thorgan, Blake et Mortimer... Autant de noms qui sonnent agréablement aux oreilles des amateurs de bandes dessinées… Et oui, la bande dessinée fait tellement partie de la culture en France qu’elle y est considérée comme le «neuvième art». Des images, des bulles avec des mots dedans, des livres qui, parfois, ressemblent à des œuvres d’art et font rêver les lecteurs. Mais peu de gens savent que cet art a été créé par un auteur francophone et que sa première bande dessinée a vu le jour sous l’appellation de «littérature en estampes».

En effet, pour parler de BD, il faut savoir ce qui est considéré comme tel et donc pouvoir dire quand la bande dessinée est apparue.

«Des histoires en images, il en a toujours existé, sur toutes sortes de formes et de supports: des peintures, des vitraux, des broderies, des portes sculptées en bronze, toutes sortes d’objets dans différentes civilisations. Ils ont, depuis des siècles et même parfois des millénaires, raconté des histoires en images. Par exemple nous en France, si vous rentrez dans n’importe quelle église, vous avez la passion de Jésus Christ, son martyre est raconté en 14 stations, 14 images. Toujours les mêmes dans toutes les églises de France. C’est un récit en images. Alors est-ce qu’on peut dire que c’est de la bande dessinée?», nous explique l’historien belge ThierryGroensteen, chargé de mission à la cité internationale de la bande dessinée et de l’image d’Angoulême, qui a présidé des événements sur la bande dessinée française à l’Institut français de Hanoï.

Pendant très longtemps, les historiens de la bande dessinée ont débattu à ce sujet et aujourd’hui un certain consensus semble avoir été trouvé sur l’inventeur de la bande dessinée. Son nom? Rodolphe Töpffer. Ce pédagogue, écrivain, politicien et auteur de bandes dessinées a été un pionnier qui a dicté les bases du genre.

«Rodolphe Töpffer était francophone mais pas français puisqu’il habitait à Genève qui se trouve aujourd’hui en Suisse, un pays qui n’existait pas à son époque. Il a vécu au cours de la première moitié du XIXe siècle. Il est mort en 1846. Et Töpffer a publié sept livres qui sont considérés aujourd’hui comme les premiers albums de bandes dessinées», indique Thierry Groensteen. «Alors, est-ce qu’il y a des différences par rapport à toutes ces histoires en images qui existaient auparavant? Eh bien d’abord, la bande-dessinée, c’est un art de l’imprimé. La bande dessinée va trouver comme support la presse d’un côté et le livre de l’autre côté. C’est donc sur les supports imprimés qu’elle va se développer au XIXe et au XXe siècles. Et d’autre part la bande dessinée, c’est une littérature, c’est comme ça que Töpffer lui-même la définissait, il disait: ‘Désormais il y aura deux sortes de littératures. Il y a la littérature classique qui est faite avec des mots que l’on aligne les uns derrière les autres et il y a la littérature en images qui est faite avec des séquences d’images et des mots qui viennent également apporter leur contribution’. Et il insistait beaucoup sur le caractère indissociable du texte et de l’image. Il disait que le texte sans les images est incompréhensible et les images sans le texte ne racontent rien. Il faut le concours des deux et ça, c’est une assez bonne définition de la bande dessinée en général».

Dessinée en 1827, «Les amours de monsieur Vieux Bois» est une «littérature en estampes» de Rodolphe Töpffer. Elle est aujourd'hui considérée comme la première bande dessinée connue et aurait été publiée en 1837. Le titre présentait une série de dessins autographiés au trait, chacun d’entre eux accompagné d’une ou de deux lignes de textes. On est encore loin du format cartonné actuel tandis que ni les bulles de dialogue ni les couleurs n’avaient fait leur apparition.

«Monsieur Vieux Bois est amoureux d’une femme qu’il a vu passer dans la rue et comme elle ne s’intéresse pas à lui, eh bien il se suicide. Tout au long de l’album, il va se suicider de nombreuses fois mais heureusement il a raté à chaque fois son suicide. Par exemple, il essaie la pendaison. Heureusement la corde est trop longue. Au bout de 48 heures, entendant la voix de cette femme aimée dans la rue, monsieur Vieux Bois oublie qu’il est pendu et il se précipite dans cette direction. Il entraîne derrière lui cette poutre et il va évidemment dans la rue déclencher de nombreuses catastrophes, entraînant cet objet encombrant derrière lui. Ça c’est très caractéristique de l’art de Töpffer qui introduit la bande dessinée comme littérature. Qu’est-ce que ça veut dire? Ça veut dire qu’il invente des histoires comme un romancier. Il ne raconte pas des histoires que tout le monde connaît déjà, des histoires tirées des livres saints ou de la grande histoire de faits historiques, de faits mythologiques, de faits religieux. Non. Il crée des personnages de fiction. Monsieur Vieux Bois n’existe pas, c’est un personnage inventé de toutes pièces, personnage ridicule dont il raconte l’aventure», raconte l’historien belge.

Rodolphe Töpffer a donc pensé la bande dessinée comme une nouvelle forme de littérature et c’est un auteur qui reste extrêmement drôle à lire aujourd’hui. Les albums de Töpffer gardent une fraîcheur extraordinaire qui agit encore sur nous, lecteurs modernes. Par ailleurs, Töpffer a été imité tout au long du XIXe siècle. Il y avait d’autres livres de bandes dessinées qui sont parus et qui sont restés fidèles au format caractéristique des albums «töpfferiens», c’est-à-dire un format horizontal que l’on appelle «à l’italienne».

VOV/NDEL