Les trésors au fond de la mer

Vendredi, 07 novembre 2014 à 01:59:50
 Font Size:     |        Print

Nhân Dân en ligne - Selon le professeur Mark Staniforth de l'université australienne Monash, qui a 40 ans d’expérience dans l’archéologie sous-marine, «il y a de nombreux navires naufragés et autres patrimoines sous-marins dans les eaux du Vietnam couvrant une période de plusieurs dizaines d'années, et les potentiels en matière d'archéologie sous-marine sont très élevés. On y trouve des ports, notamment de commerce, qui datent au moins de 2000 ans avant notre ère».

Route maritime de 500 ans

En 1511, les Portugais créèrent des centres commerciaux à Macao (en Chine) pour leurs échanges commerciaux dans la région. En 1601, 1613 et 1671, des navires de la Compagnie hollandaise des Indes Orientales (VOC) ont jeté l’ancre en Cochinchine, et en 1633, des relations commerciales et des centres commerciaux ont été établis à Hôi An (anciennement Faifo) sous la direction de M. Duijcker. Au fil des siècles suivants, tout le long de la côte du Vietnam était animé par les activités de commerçants de France, du Royaume-Uni, d’Espagne, des Pays-Bas et du Vietnam...

Dans le rapport de ses voyages, l’explorateur britannique William Dampier décrivit assez minutieusement et avec beaucoup d’émotion le trajet de son navire commerçant qui passa par Singapour, Côn Dao (Poulo Condor), Cù Lao Re (îlot Re ou Ly Son) et Cù Lao Cham (l’îlot Cham). Il décrivit le Tonkin comme suit: «les pilotes de ligne dans la zone de cet estuaire sont des pêcheurs qui habitèrent dans un hameau tout près de l’estuaire appelé Batsha (Tiên Lang, dans la ville de Hai Phong). Ce hameau est situé dans un lieu bien propice leur permettant de voir les navires attendre un pilote et d’entendre facilement le son du canon que les Européens employaient pour annoncer leur arrivée».

L’histoire de la route commerciale le long du littoral vietnamien se retrouve dans les rapports des naufrages survenus durant plusieurs siècles. Les sites de ceux-ci, en dehors de leur valeur patrimoniale et historique, sont également des opportunités pour le tourisme du Vietnam. Actuellement, le Vietnam a renfloué six navires dont le premier gisait à Hon Cau, en face de la ville de Vung Tàu, dans la province de Bà Ria-Vung Tàu (au Sud).

Le navire ayant suscité le plus d’attention est celui découvert le 26 mars 2013 devant la plage du village de Châu Thuân Biên, dans la commune de Binh Châu du district de Binh Son. Bien que datant du XIIIe siècle, il était quasiment intact à 200m de la côte, à 4m de profondeur. D'une longueur de 20,5 m et large de 5,6 m de large, il comprenait 13 cales.

Nécessité de compléter les documents historiques

La province de Quang Ngai (au Centre) est l'une des localités possédant le plus d’informations sur les navires antiques. Elle possède un véritable cimetière de navires dans la zone maritime de Binh Chau, jusqu’à l’île de Ly Son. Ces navires antiques démontrent l'existence d'une voie maritime active durant plusieurs siècles avec pour destination, entre autres, Binh Chau-Ly Son. Lors d’une conférence de presse donnée le 13 octobre dernier, le docteur Nguyên Dang Vu, directeur du Service de la culture, du Sport et du Tourisme de la province de Quang Ngai, a annoncé qu’actuellement, d’autres navires antiques ont été découverts dans la zone maritime de Quang Ngai, mais qu'aucune information sur leur emplacement ne sera rendue publique afin de les protéger.

Lâm Du Xênh, chercheur en antiquités dans la province de Quang Ngai, a annoncé qu’il possédait trois navires antiques renfloués dans la zone maritime de la commune de Binh Chau, district de Binh Son. La Compagnie Doan Anh Duong a récemment déclaré la découverte de deux navires du XVe siècle. Il y a un mois, des pêcheurs de la commune de Binh Châu discrètement exploité un navire antique situé entre les deux communes de Binh Châu et Binh Phu, lequel transportait des objets antiques dont de nombreuses céramiques et porcelaines qui ont pu être remontées à la surface en raison de sa proximité avec la côte.

Le symposium international "Archéologie sous-marine au Vietnam et en Asie du Sud-Est: coopération au développement" qui a eu lieu du 13 au 16 octobre dernier dans la province de Quang Ngai (au Centre), a réuni 170 chercheurs et archéologues dont 48 de 17 pays et territoires.

Les participants ont eu une forte impression lors de leur visite du cimetière de navires antiques de Binh Châu. Beaucoup de leurs questions n’ont pu obtenir de réponses, notamment «pourquoi aux XIIIe et XVe siècles les navires ont-ils tous sombré à cause d’incendies?».

Actuellement, les chercheurs vietnamiens n’ont qu’une seule esquisse de réponse, les navires des pays suivaient la «Route de la soie maritime» et ont été attaqués par des pirates; les navires faisaient escale dans l’estuaire de Sa Ky pour s'approvisionner en combustibles et en vivres puis firent naufrage dans des tempêtes.

Le professeur Mark Staniforth, expert de premier rang en archéologie sous-marine, a fait une grande surprise lors de ce symposium en présentant de riches et nombreux documents retraçant l'histoire de navires de la Compagnie hollandaise des Indes Orientales (VOC) ayant sombré en 1634 et en 1637, près de Hôi An (Faifo). L’histoire de ces navires est bien documentée, bien que cet événement ait eu lieu il y a plusieurs centaines d’années.

Des milliards de dollars rapportés par des navires naufragés

L’histoire du professeur Mark Staniforth a conduit les archéologues vietnamiens à se rappeler de la nécessité de continuer, dans les années à venir, de compléter leurs documents historiques sur ces navires antiques. Si le cimetière de navires antiques de Binh Châu s'avère bien constituer un panorama en la matière, il pourrait devenir un patrimoine attrayant pour de nombreux touristes du monde entier. Dans les îles de Hawaii aux Étas-Unis, le navire Arizona à Pearl Harbor est devenu une merveille. Le professeur-docteur Vuong Dinh Huê, chef de la Commission de l’Économie du CC du Parti communiste du Vietnam, a fait savoir que chaque année, ces navires antiques pourraient rapporter des milliards de dollars en les exploitant comme sites de tourisme.

Mais pour préserver convenablement ces sites, les archéologues se sont accordés à ne limiter les interventions qu'à une redisposition des navires pour mieux les présenter, excluant tout renflouement.

Selon un participant, «pour les navires échoués, la chose la plus importante, c’est que la population locale participe à la gestion et à l’exploitation du site».

Les navires antiques peuvent être conservés en mer pendant de longues années, mais la tâche des archéologues est de «découvrir» exploité les destins de ces navires, de susciter de profonds sentiments pour les objets antiques pour qu’ils deviennent des livres scolaires pour les futures générations. En outre, c’est une merveilleuse opportunité d'attirer des touristes.

S’il y a un lien, ces navires au fond de la mer ont une autre valeur, celle de montrer aux touristes étrangers que le Vietnam exerce sa souveraineté sur les deux archipels de Hoàng Sa (Paracel) et de Truong Sa (Spratly) depuis fort longtemps. La carte Livro da marinharia-Piinto de 1560, la carte Sinensis Orientale (Mer Orientale) des frères Van Langren des Pays-Bas, de 1595, la carte Indiae Orientalis de l’explorateur Gerard Mercator de 1606, à Amsterdam, aux Pays-Bas. Ces cartes montrent toutes que les archipels de Hoàng Sa font partie de l’An Nam.

(Source en vietnamien: bienphong)

NDEL